Portrait
Visible Wind
18 ans sous les radars
Soirée spéciale au Café Campus en ce 10 juillet
2002, entièrement consacrée au rock progressif québécois.
C'est dans une salle déjà passablement enfumée que
Visible Wind a parti le bal. On a eu droit à 45 minutes de
pure magie. Ce groupe québécois vieux de 18 ans et fort de
cinq albums se bonifie avec l'âge. Contrairement à certaines
formations qui partent en lion puis s'épuisent rapidement, Visible
Wind continue à explorer bien loin des sentiers battus en mettant
toujours à profit leurs acquis.
Formé au milieu des années 80 (époque où
supposément le rock progressif était bien mort) et composé
de Chris Wells (voix), Stéphane Geysens (claviers), Philippe Woolgar
(guitares), Louis Roy (basse) et Luc Hébert (batterie), Visible
Wind sort un premier album du nom de Catharsis en 1988. Sortie
indépendante, ce premier opus nous présente un groupe déjà
en pleine possession de ses moyens, proposant un son amalgamant Pink Floyd
et le vieux Genesis avec une guitare un brin plus agressive. Après
le départ du chanteur (parti fonder le studio Amadeus), Stéphane
Geysens assume les parties vocales, et il s'en sort très bien (voix
chaude, légèrement voilée, rappelant un peu celle de
Pierre Flynn) comme en témoigne l'album suivant du groupe, A Moment
Beyond Time. Ce deuxième effort, sorti en 1991 et édité
par la compagnie Progressive Records en Californie (association qui
s'avérera désastreuse), est une confirmation du talent démontré
sur Catharsis. Cet album comprend la première chanson en français
du groupe : Soleil d'aube. Malgré un anonymat presque total au Québec,
Visible Wind se fait de plus en plus remarquer dans les cercles d'appréciation
du prog un peu partout dans le monde.
En 1993, le groupe sort Emergence, produit par Jean-Yves ´
Blacky ª Thériault, bassiste de Voïvod, album marquant
le départ de Woolgar et l'arrivée du guitariste Claude Rainville.
On sent dans cet album une volonté d'accorder plus d'importance à
la guitare. Volonté exprimée par le groupe comme une orientation
ferme dans l'élaboration du ´ son ª Visible Wind.
Le clavier (sous ses nombreuses dénominations) demeure quand même,
selon moi jusqu'à ce jour, l'instrument qui donne à Visible
Wind sa richesse et son intérêt premier.
Après ça, l'improbable ce produit. Une compagnie japonaise
offre de rééditer les trois premiers albums du groupe pour
une distribution plus ´ internationale ª. L'argent généré
par cette entente servira à l'achat d'équipements de studio,
donnant du même coup une certaine autonomie à Geysens et ses
compères. C'est dans leur nouveau ´ studio ª, Visible
Sound, que le quatrième album Narcissus Goes To The Moon est
enregistré. Ce superbe album sorti en 1996, considéré
par plusieurs comme leur meilleur, est riche en sonorités et en trouvailles
tout en restant très sobre. Dans un genre ou le mot d'ordre est trop
souvent d'épater la galerie, Visible Wind fait preuve d'une
retenue et d'un raffinement peu communs. Geysens ajoute la flûte traversière
à son arsenal, et touche aussi le mellotron et l'harmonium.
Il aura fallu attendre quatre ans avant un nouvel album, Barb-à-Baal-a-loo
sorti en 2000. Une véritable bombe. Le plus torturé, le plus
écorché, le plus personnel de tous les albums de Visible
Wind. Travaillé sur une période de trois ans, cet opus
est carrément impressionnant. La musique vous retourne dans tous
les sens, vous laissant parfois un moment de répit avant de vous
soulever de plus belle. Il y a de l'exaltation là-dedans. Ajoutez
à ça des textes remplis de flashs évocateurs
:
Dinosaurs are just a metaphor
Of what we have become
As the corporate world
Drives us relentlessly
Towards our extinction
(in Neandertal)
Une critique sociale lucide et exacerbée, autant réfléchie
que ressentie, portée par une musique intelligente et sans compromis,
voilà qui est vivifiant. Barb-à-Baal-a-loo est sans
contredit un album important d'un groupe important. Je souhaite au plus
grand nombre de découvrir Visible Wind et leur musique, nourriture
riche en protéine pour l'esprit.
Claude Grégoire
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