Pharmacie
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Connaissez-vous le pharmacien d'établissement de santé ?  

La pharmacie est une profession qui ouvre de nombreuses portes:  pratique en milieu communautaire (p.ex. salarié ou propriétaire), en milieu hospitalier (plus largement maintenant en établissement de santé au sein des différents types représentés dans le système de santé québécois - environ 17 % de tout l'effectif pharmacien au Québec), en industrie liée au domaine de la santé  (p.ex. à l'information médicale, au marketing, à la gestion d'un produit, aux affaires réglementaires, auprès de compagnies d'assurances ...), en milieu universitaire (p.ex. comme clinicien associé, chargé de cours, conférencier, professeur) ou au sein d'organismes réglementaires, para-gouvernementaux ou gouvernementaux (p.ex. Ordre des pharmaciens, Santé Canada, Ministère de la santé et des services sociaux, Régie de l'Assurance-maladie du Québec etc ...).  Cette passion de la pratique pharmaceutique s'est traduite par une carrière en milieu communautaire d'abord (7 années au sein du groupe Jean Coutu) puis en établissement de santé (en oeuvrant à la Cité de la Santé, au Centre hospitalier Fleury puis au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine) et à l'Université de Montréal (à titre de professeur agrégé de clinique). 

Cette page illustre les éléments clés de ce qu'il faut retenir de la pharmacie au Québec et au Canada pour s'y retrouver.

Le pharmacien d’établissement de santé est encore un professionnel méconnu de la population et de nombreux gestionnaires du réseau de la santé. Pourtant, sa contribution est très significative à la prestation de soins efficaces dans le réseau de la santé.  On doit distinguer la pratique du pharmacien d’établissement de celle du pharmacien en milieu privé notamment par les éléments suivants :

  • La plupart des pharmaciens d’établissement possède une formation additionnelle de 2ème cycle (M.Sc.) en sus du baccalauréat de 4 ans de 142 crédits ; ce baccalauréat sera remplacé par un doctorat professionel avec l'entrée de la première cohorte à la Faculté de pharmacie de l'Université de Montréal en septembre 2007;

  • Le pharmacien d’établissement ne vend pas de médicaments ;  il procède à l’achat de médicaments par achats groupés  à partir de critères objectifs;

  • Le pharmacien d’établissement consacre près de 50 % de son temps à des soins directs aux patients, indépendamment des activités de distribution;

  • Le pharmacien d’établissement travaille dans les unités de soins et les cliniques externes en collaboration étroite avec les médecins et les autres professionnels de la santé;

  • Le pharmacien d’établissement est un professionnel spécialisé ;  cette reconnaissance de la spécialisation en pharmacie est en cours avec les travaux d'un comité permanent sur les spécialités à l'Ordre des pharmaciens du Québec et j'ai le privilège de présider ce comité;  de plus, selon le rapport canadien sur la pharmacien hospitalière, on note que les pharmaciens sont impliqués dans plusieurs secteurs cliniques

  • Le pharmacien d’établissement n’a pas accès uniquement qu’au dossier pharmacologique et aux ordonnances mais à l’ensemble des données pertinentes du dossier patient qu’il utilise quotidiennement pour sa pratique;

  • Le pharmacien d’établissement offre des services 24 heures sur 24;  les départements de pharmacie sont ouverts en moyenne plus de 80 heures-semaine et offrent une couverture de garde en tout temps;

  • Le pharmacien d’établissement est responsable de l’ensemble du circuit du médicament (et pas seulement de ce qui se passe dans la pharmacie).  Cette responsabilité est partagée avec d’autres intervenants selon la pratique.  Cette responsabilité inclut notamment :

    • la sélection des médicaments à la liste thérapeutique de l’établissement, en collaboration avec le comité de pharmacologie.  Le chef du département de pharmacie est responsable de cette sélection dans l’établissement;

    • l’approvisionnement et la gestion des stocks;

    • la gestion du dossier pharmacologique et de l’ensemble de l’information relative aux médicaments;

    • l’évaluation de la thérapie médicamenteuse;

    • l’emballage et la préparation des médicaments;

    • la détermination des modes et des conditions d’administration de médicaments;

    • le conseil aux patients;

    • le suivi des résultats thérapeutiques observés chez les patients;

  • Le pharmacien d’établissement est responsable de la formation des étudiants en pharmacie de premier cycle (i.e. qui se dirige en milieu communautaire ) et deuxième cycle (i.e. qui se dirige en milieu hospitalier ou en pratique spécialisée) et des professionnels;

  • Le pharmacien d’établissement contribue majoritairement à des activités de publication et de recherche évaluative et clinique; 

  • Le pharmacien d’établissement initie et ajuste des médicaments selon des ordonnances individuelles et collectives; en tenant comte du contexte légal,  de nombreux pharmaciens ont une pratique spécialisée de niveau II, III ou IV qui fait en sorte qu’ils sont des acteurs de premier plan au niveau de la prescription du médicament.  Sous forme d’ordonnance verbale, ils travaillent de façon pro-active à initier et ajuster la thérapie lorsque requis, en collaboration avec l’équipe médicale. 

  • Le pharmacien d’établissement joue un rôle très important dans la prévention des risques, parce qu’il est impliqué dans l’ensemble du circuit du médicament. 

  • Le pharmacien d’établissement participe activement à l’évaluation de la qualité de l’acte, dans le cadre des activités du CMDP.

En somme, il est raisonnable de dire que la pratique pharmaceutique en établissement est très différente de la pratique pharmaceutique hors établissement, parce qu’elle est plus variée, plus complexe, plus spécialisée et qu’elle est indépendante de la notion de volume d'actes.

Profil d'un pharmacien d'établissement de santé québécois 

À titre d'exemple, le pharmacien d'établissement contribue activement aux activités suivantes:

  • sélection des médicaments au formulaire thérapeutique
  • négociation avec les groupes d'achats et les fabricants pour l'obtention des meilleurs produits et des meilleurs prix etc ...
  • gestion et supervision des services pharmaceutiques en collaboration avec le personnel technique, incluant systèmes informatiques, pompes, robots et automates, gestion des drogues contròlées et stupéfiants, planification des locaux, gestion du système de distribution sur les unités de soins, transport de médicaments etc ...
  • soins pharmaceutiques directs auprès du patient (histoire médicamenteuse, évaluation de la pharmacothérapie, identification de problèmes reliés à la pharmacothérapie (choix de la thérapie, dose, posologie, forme choisie, interactions, contre-indications, alternatives en cas d'allergie, absence de résultats cliniques par non-observance ou difficulté d'utilisation), conseils aux patients, liens avec le pharmacien communautaire
  • participation active au sein des équipes de soins (médecins, infirmières ...)
  • participation active à l'enseignement (B. Pharm. M.Sc., assistance-technique)
  • participation active à la recherche évaluative et clinique
  • participation active à la vie de l'organisation (comités, groupes de patients ...) etc...

Principaux ENJEUX de la pratique en milieu hospitalier durant la prochaine décade (2000-2010)

La pratique pharmaceutique est influencée par l’évolution du réseau de la santé et des autres professions.  Nous retenons dans les principales tendances pharmaceutiques qu’il convient de mettre en contexte.

  • La pratique pharmaceutique et la Loi 90 - Le Québec a procédé à une révision de son système professionnel en favorisant le décloisonnement de certains actes professionnels dans le domaine de la santé.  L’adoption du projet de Loi 90 en 2003 va contribuer à modifier l’exercice de la pharmacie et faciliter la reconnaissance de pratiques existantes en établissement de santé. Ces changements permettront notamment au pharmacien d’initier ou d’ajuster une thérapie selon une ordonnance individuelle ou collective, en réponse aux besoins de société en matière de pharmacothérapie compte tenu de la sous-utilisation de l’expertise du pharmacien.  Le réseau de la santé doit profiter des changements normatifs pour permettre le développement de la pratique pharmaceutique.

  • La pratique pharmaceutique sous-utilisée dans le réseau de santé québécois - Le pharmacien est non seulement l’expert du médicament mais un professionnel dont la pratique est maintenant essentiellement clinique. Pourtant, les obligations inhérentes aux activités de distribution du médicament empêche le pharmacien d’être, autant qu’il le pourrait, partie prenante des activités cliniques sur les unités de soins et dans les cliniques externes des établissements de la santé. Le réseau de la santé doit investir dans infrastructures et l’organisation du travail pour favoriser une utilisation optimale du pharmacien.  La reconnaissance de la diplomation de maîtrise par le biais d’un premier certificat de spécialiste est sans doute une opportunité à saisir dans les prochains mois.

  • La pratique pharmaceutique et la pénurie -  Alors que la société compte plus que jamais sur le pharmacien pour offrir des soins de qualité au meilleur coût, les départements de pharmacie du Québec sont au prise avec une pénurie, une difficulté de rétention et de recrutement assortis de nombreux problèmes d’organisation du travail.  Les prévisions les plus optimistes confirment une pénurie durable pour la prochaine décennie. Le réseau de la santé doit prendre des actions concrètes pour corriger la situation.

  • La pratique pharmaceutique et l'innovation - On observe un développement continu de la pharmacothérapie et de nouvelles approches thérapeutiques avec un nouveau médicament commercialisé tous les 10 jours;  le pharmacien agit comme expert d’une pharmacopée qui compte plus de 22 000 produits pharmaceutiques médicaments sur le marché canadien. Le réseau de la santé doit soutenir le développement de l’expertise des pharmaciens.

  • La pratique pharmaceutique et les coûts de médicaments - Les coûts de santé progressent plus rapidement que la plupart des autres dépenses de l’état au Canada et au Québec;  le médicament représente maintenant la seconde dépense de santé en importance après les établissements de santé, devançant les honoraires de médecins.  Le réseau de la santé doit supporter les départements de pharmacie pour que la pratique pharmaceutique permette une utilisation optimale du médicament.

  • La pratique pharmaceutique et la transformation du baccalauréat en pharmacie en Doctorat professionnel (Pharm D) -  La faculté de pharmacie de l’Université de Montréal amorcera en septembre 2007 le programme de Doctorat professionnel (Pharm D).  Ce changement, apporté à l’ensemble des programmes des universités américaines, aura pour impact d’accroître significativement les besoins en formation dans les établissements de santé (p. ex. stages), la capacité d’intervention du pharmacien mais aussi les attentes de ces professionnels qui détiennent une expertise grandissante du médicament.  Le réseau de la santé doit supporter cette transition et investir dans la formation et le soutien à l’enseignement.

  • La pratique pharmaceutique et la féminisation -  Les professions du domaine de la santé vivent une féminisation de leurs effectifs combinés à nouvel équilibre travail-famille-vie personnelle.  Ces changements remettent en question l’organisation du travail avec des affectations à temps partiel et des remplacements nombreux.  Le réseau de la santé doit réfléchir à l’organisation du travail dans les départements de pharmacie et les secteurs reliés pour assurer la rétention des ressources et leur développement.

  • La pratique pharmaceutique et son marché mixte (public et privé) À la différence des autres professionnels de la santé, près de 80 % des pharmaciens du Québec travaillent en milieu privé, un milieu qui obéit davantage aux règles de l’offre et de la demande.  Les pharmaciens d’établissements de santé, qui détiennent pour la plupart une scolarité de 2ème cycle financée par l’état, quittent de plus en plus pour le milieu privé qui offre des conditions de travail qui se sont considérablement améliorées au cours des dernières années et dépassent significativement les conditions en établissement de santé.  La plupart des finissants peuvent espérer, dès les premières années de pratique en milieu privé, gagner le salaire du dernier échelon en établissement de santé.  Le réseau de la santé doit reconnaître cette particularité inhérente à la pharmacie où le privé constitue une alternative.

  • La pratique pharmaceutique et la prestation sécuritaire -   Les changements apportés à la Loi sur les services de santé et les services sociaux en matière de prestation sécuritaire de soins de santé (projet de Loi 113) interpellent les départements de pharmacie.  De nombreux incidents/accidents sont reliés à l’utilisation du médicament.  Pourtant, la plupart des établissements de santé n’ont pas de ressources pharmaceutiques en quantité suffisante pour assurer l’organisation, la planification, la direction et la gestion des risques.  Le réseau de la santé doit profiter de cette nouvelle Loi pour intégrer pro activement et suffisamment le pharmacien dans la prestation sécuritaire  des soins en établissement de santé.

  • La pratique pharmaceutique et les indicateurs – La pratique pharmaceutique en établissement est complexe et ne peut se réduire à des indicateurs de coûts par jour-présence ou par admission.  Les ressources humaines et matérielles peuvent varier considérablement pour une admission et un séjour de 10 jours, qu’il soit en gériatrie, en hémato-oncologie, obstétrique-gynécologie ou aux soins intensifs.  Le réseau de la santé doit identifier des indicateurs fiables et plus élaborés de la pratique pharmaceutique.

Ce profil de tendances n’est pas exhaustif mais indique clairement que la pratique pharmaceutique est en pleine évolution et qu’elle est influencée par de nombreux changements.  Dans un tel contexte, une réflexion s’impose pour préserver les acquis et assurer un développement cohérent de la pratique pharmaceutique dans nos établissements.

Cette réflexion ouverte sur les enjeux de la profession en établissement de santé peut être bonifiée par vos commentaires au courrier indiqué à la page d'accueil.  Les commentaires exprimés ne réflètent uniquement que la position du propriétaire de ce site.  Ces commentaires ont notamment servi à la rédaction du rapport d'un comité DSP-Chefs de départements de pharmacie de l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ). 

A ceux qui considèrent une carrière en pharmacie d'établissement, quelques pistes additionnelles de réflexion :

 

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